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Marcel Cohen
Deux textes sans titre et huit photos
Retour édition40 pages 15 x 15 cm, photos de Jacques Le Scanff
ISBN 2-914945-07-8 8 euros

Deux textes sobres, contenus. Ils évoquent sans dire mot. La patronne du café répond, témoin, aveugle, absente. Notre angoisse naît de cette absence qui aurait pu être la nôtre. Les détails, la précision, l’aigu de la langue cerne une scène vide. La mort, les camps, plus sûrement présents... Et aussi, les photos de la gare de triage de Drancy. Le déroulement du quotidien, on forme les convois, les aiguillages crient.

- À Drancy, vous teniez un café, n’est-ce pas ?
- Face à la gare, mais côté Blanc-Mesnil.
- À l’entrée du pont de béton à claire-voie enjambant les rails de la gare de triage, c’est bien cela ?
- À trente mètres à peine, presque à l’aplomb des voies.
- Savez-vous qui a fait planter les petites pensées jaunes et mauves que l’on voit dans les jardinières en plastique suspendues aux croisées du pont ?
- Vous savez pourquoi ? - Pour égayer. À quoi donc voulez-vous que servent des fleurs ?
- Vous vous plaisiez à Drancy ?
- J’aimais la clientèle. Nous avions beaucoup de cheminots et ce ne sont pas des gens tristes. Il faut dire aussi que la situation du café est exceptionnelle : pour se rendre à la gare, les voyageurs habitant Blanc-Mesnil sont tenus d’emprunter le pont et nous n’avions pas de concurrence. Certains habitués prenaient leur petit déjeuner au comptoir depuis vingt ans.
- Pourquoi avoir mis votre établissement en vente aussi précipitamment, six mois à peine après votre arrivée ?
- C’est ma femme qui n’en pouvait plus.
- Elle n’aimait pas la clientèle ?
- Elle se plaisait beaucoup à Drancy. Ce sont les sabots qu’elle ne supportait pas.

Charlie Hebdo 4 février 2004 n°607 Marcel Cohen / Deux textes sans titres et huit photos Retour actualités Michel Polac

On s’étonne qu’un cargo ne s’arrête pas pour des naufragés, mais voici déjà quelques années, Marcel Cohen avait publié dans une revue (que je ne retrouve plus) une terrifiante conversation avec le capitaine d’un porte-conteneurs qui lui expliquait que s’arrêter pour un homme à la mer coûterait trop cher. Génial minimaliste. Cohen sort une plaquette , Deux textes sans titre et huit photos ; l’un sur Drancy, ses voies férrées mais pas son camp, l’autre sur les larmes d’un historien spécialiste de Tamerlan et de ses pyramides de crânes, et qui découvre l’histoire du sauvetage d’enfants juifs à Chambon-sur-Lignon. Deux textes minuscules chez un éditeur minuscule, Cohen est un écrivain qui sait murmurer. Rarissime.


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