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Jacques Blanc
L’ombre n’est pas la nuit
Retour édition160 pages 14x22
ISBN 2-914945-72-8 18 euros

Jacques Blanc marche dans la forêt, sur la plage, dans une église. Il rêve et il écrit, il décrit : La rencontre d’un forçat évadé, dans une crypte - où il se laisse enfermer - l’aparition du fantôme d’un seigneur, la vision d’un évêque d’où naîtra le Mont St Michel. Entre fiction et mémoire un récit subtil et poignant.

Lorsque je suis las d’écrire, et de lire, ou tout simplement de rester en place, j’éprouve le besoin de remuer le corps et, comme je ne suis pas porté sur la gymnastique, je pars marcher, le plus souvent en forêt. Là, j’essaie de trouver un pas, ni trop rapide, ni trop lent, qui corresponde à la fois à ma nécessité intérieure et à ce lieu des longues durées, des grandes amplitudes du temps, des vieillissements insensibles, pleins de siècles quand nous ne sommes, pour notre part, que pleins d’années, je m’imprègne du bruit du vent, si différent selon qu’il souffle dans les chênes, dans les jeunes ou dans les vieux pins sylvestres, et je vais mon chemin, de ce pas régulier qui cherche à mesurer, à comparer mon temps, mon rythme, aux temps, aux rythmes immémoriaux qui marquent ces sentiers, depuis que les hommes les parcourent, non seulement pour leur subsistance mais, tenaillés, voire étouffés par leurs questions sans réponses, à la recherche des esprits de la forêt et de leurs vertus respiratoires, comme pour se pénétrer de sa longévité, de sa sérénité, de sa patience.

Je m’attendais à des nuages. Il y en a bien quelques-uns, mais le ciel est largement dégagé. Le soleil brille, le soleil blanc d’hiver et, pour la saison, il ne fait pas froid. Tentation de marcher plus vite, ou moins vite, ou de m’arrêter. Mais non. Pour que ce mouvement m’inspire, pour qu’il corresponde à mon souffle, il me faut m’en remettre à ce que l’on pourrait appeler l’instinct du rythme, l’instinct du corps, tâcher de s’y fondre, sans réfléchir, sans vouloir, sans penser. On n’est jamais sûr d’écrire dans son rythme, mais hors de son rythme, on est sûr de ne rien écrire. Je garde donc mon pas, j’essaie de le laisser venir, un, deux, un, deux, comme si cette terre m’attendait, comme si, ayant elle-même quelque chose à dire, elle avait besoin que ma voix, que mon écriture correspondent à ses mouvements profonds, à ses facultés latentes, à ses attentes enfouies, que mes mots procèdent non de ma cuisine cérébrale, hésitante et sujette à toutes sortes de dérèglements, mais du mouvement de mes pieds et des réponses de ce sol riche.


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