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François Boisivon
Pierre et Sophie
Retour édition80 pages 11x20 cm ISBN 2-914945-04-3 12 euros
On croit souvent que les livres sont une maison pour les personnages, une maison qu’on aimerait partager, plus réelle ou plus émouvante que celle de son père ou de sa mère. La maison de Sophie a brûlé. Après l’incendie, la rue est vide. Et c’est sur ce vide que se construit le livre. La pierre, le bois, le verre ou même le béton y sont remplacés par cette voix qui ne vient d’aucun corps et peut tous les montrer, comme s’ils avaient toujours existé.

... “Aujourd’hui [elle m’a dit son âge, mais je ne sais plus si c’était dix-neuf, vingt-neuf ou trente-neuf ans, je n’arrive plus à me relire], je ne suis plus la petite fille d’avant.
Ma vie à moi, quand j’étais encore enfant : je vivais chez mes parents, mes frères et sœurs aussi. Puis, au décès de mon père, je ne savais plus du tout ce que c’était l’amour, mais plus du tout. Ma mère avait du mal à élever sept enfants d’un coup, comme ça. Alors on nous a placé en internat. Puis en foyer. Ma vie a été gâchée.

Maintenant, je ne suis plus au foyer, ni en internat, car je vis chez moi dans mon appartement. Je ne veux pas que mes enfants vivent la même vie que moi et la même chose que j’ai vécue.
Voilà, je vous laisse, avec tous les moments que j’ai mal vécus et les bons moments que je passe.”

Pierre à Sophie (au mur, le portrait de Sophie) :

“Pour suspendre ton portrait...
Les moments difficiles sont passés.
La solitude n’est pas de ne rien recevoir, mais de n’avoir personne à qui rendre. En se retournant, l’envie de laisser ses empreintes devient désir d’en dessiner uniquement les contours pour, finalement, effacer notre passage.
Souvent, je regarde en arrière : l’amour d’un père, d’une mère, pris en pleine face, les deuils, l’enfance agitée, l’adolescence rebellée.
On dit que ce sont les souvenirs qui font le plus de mal. C’est vrai. Ce sont nos regrets, notre jeunesse, notre insouciance, qui remontent à la surface.

Un jour, j’ai voulu oublier. J’ai plongé mes mains dans l’eau glacée.”
“Le sablier s’écoule à une telle vitesse qu’on perd la patience d’attendre et d’admirer.
Le passé est cette obsession, dissimulée, paisible, qui accompagne tous nos mouvements.
J’aimerais tant revenir au temps de mon enfance.
J’aimerais tant retrouver le feu de cheminée, chez mon père.
J’aimerais tant le retrouver, mon père, le pleurer.”

“Je m’étais dit que près du fleuve je me désennuierais.
Regarder passer les bateaux, une façon d’être deux.
Je suis assis sur la berge.
J’attends. Un bateau plein de voyageurs, une barque, un pêcheur, un navire en papier.
Personne.
Le silence le long de la rive trop calme. Je me regarde dans l’eau claire. C’est comme ce miroir dans mon appartement. Mais le reflet est trouble, il bouge. L’artère d’eau ne saigne pas. Elle coule et c’est sa manière d’être. Elle est tendue des ondes des pavés battus du vieux centre, des cris de là-haut, des gestes des gens. Elle est charnelle. Le silence du port s’écoule, résidu du cœur de la ville. Et je ne suis plus seul.”


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