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Exposition de peinture à Forcalquier
Jacques Le Scanff
Retour actualités Centre d’art contemporain Boris Bojnev
du dimanche 21 août au lundi 5 septembre 2011, 12 rue Grande 04300 Forcalquier

Assis dans l’herbe, les yeux envahis par les collines, le lointain des montagnes, la longue barre de Valensole, je regardais les ruines du hameau que bientôt j’habiterai.

Robert Morel m’avait poussé de ce côté : – Vas voir. C’est un tas de cailloux, ils le vendent pour presque rien. Je n’avais pas presque rien, je dû écrire à mon ami de toujours : Yves Claret qui, du Togo où il résidait, m’envoya un chèque. Ainsi, sans que j’en sois pleinement conscient, Ce pays et ses pierres noueuses, ses collines sauvages, ses bois profonds envahirent ma peinture. Une lente gestation, la prise de pouvoir des ciels profonds, des branches aux nœuds infinis, de la lourde silhouette grise de Lure qui, telle une taupe accroupie semble toujours dormir.

Marcher ce pays, et plus encore rêver cette marche, qui par ses mille canaux offre à ma main un immense dictionnaire de formes, une encyclopédie baroque, grise et lumineuse, rêve qui, aujourd’hui encore, me nourrit. Bientôt la maison est reconstruite, Nicolas et Claire dévalent la pente vers l’école de Sigonce. Autour de la longue table les amis s’assoient. Pierre Lieuthagi généreux et savant, Jean-Pierre Abraham lumineux et austère, il observe et juge. Je les gave de théories bavardes. Le vin coule. Un facteur à Mobylette entre et salue, c’est André Combe, je suis loin de me douter qu’il deviendra éditeur.

Le hameau est perdu dans les terres ; quinze kilomètres de routes sinueuses le séparent de Forcalquier. Pour m’y rendre je passe sous les fenêtres de la maison de Pierre Magnan, j’aperçois son ombre rassurante, il écrit. Je l’admire, mais il n’est pas de mes amis, sa maison est trop petite, dit-il, pour en contenir plus. Bas alpin, il se méfie. Peut-être ne s’est-il pas suffisamment méfié.

Forcalquier, c’est la ville où je prends le café le matin. Les enfants, maintenant vont au collège - Je m’assois au Bourguet où La Rose me sert, bougonne, mais je sais ce que cela cache de gentillesse. C’est aussi la ville de Lulu qui me reproche narquois des attitudes improbables, et celle de Jacques Meunier fastueux et fou, je n’en finirais pas de les nommer, ces femmes et ces hommes qui me sont chers. Mais je ne suis pas l’acteur de cette scène. Timide et confiant, je peins dans ma tête. Inconscient, j’amasse ce qu’aujourd’hui, l’âge venu, je restitue.

Jacques Le Scanff

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