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à propos de Michèle Desbordes

Des extraits de ses principaux textes, et des articles de Jean-Yves Masson, patrick kéchichian

Revue N°5




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ENTRETIEN :
MICHELE DESBORDES ET JACQUES LE SCANFF

J. L. - Il émane de vos textes, dont je ne dirais jamais assez à quel point ils me touchent, le sentiment de l’interdit...
M. D. - Je crois effectivement qu’il y a quelque chose de cet ordre là, l’ordre de l’interdit. Dans mon écriture, dans d’autres aussi peut-être. Il m’a toujours semblé qu’écrire relevait de la transgression, et c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles j’ai mis tant de temps à écrire vraiment, et aussi à produire un texte comme Le Commandement, que j’ai porté en moi pendant vingt ans. Et puis, dans l’acte même d’écrire, dans l’élaboration de la fiction - c’est-à-dire donc très concrètement - je me refuse à être celui, celle qui sait, qui raconte une histoire qu’il sait. Comme si, en effet je m’interdisais d’avoir l’air de détenir un quelconque savoir, une quelconque connaissance de mes personnages. J’utilise parfois bien des détours pour ne pas avoir l’air de savoir, de dire au lecteur : voyez c’est ça que pense mon personnage, c’est ça qu’il fait. Il y a aussi, je crois, les suppressions que je m’impose une fois la phrase faite, la page. Par exemple quand je trouve que c’est trop « beau », trop « bien », je casse, j’élimine, je rogne, les mots, les adverbes, les adjectifs, jusqu’à ce qu’il ne reste presque plus rien. Ainsi dans La Demande, je me souviens très bien que je me suis arrêtée de faire ça, quand il ne restait presque plus rien à enlever. L’expérience de L’Habituée a été différente à cet égard. J’abordais pour la première fois la fiction, j’avais besoin de ces phrases longues qui étaient une façon de parler du temps, de ce temps très compact qui ne passe pas. J’ai été très marquée par Faulkner, par le temps qui est le sien. J’ai une grande admiration pour lui, pour la façon qu’il a de conjoindre, de conjuguer très intimement la compassion et la distance avec les personnages. C’est pour moi le modèle absolu.