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Christiane Veschambre
Un article de Ronald Klapka
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Fidèlement, les éditions Le préau des collines publient de grandes proses de Christiane Veschambre qui résonnent d’une pleine poésie et d’une humanité hors de la puissance, sauf, pour cette restriction, si l’on est lecteur de HC pour la vie, c’est à dire... [18 ] et qu’advienne alors, l’acception renouvelée, le temps dont on s’éprenne. Oui, c’est à dire... et à re-dire, il y a un "puisse" optatif d’une réconciliation d’avec les mots qui évitent que ceux-ci ne soient que des maux [19 ]. Aussi, ainsi, vient la reconnaissance. Serrera le coeur, cet extrait de la quatrième de couverture (signée de l’auteur) de Passagères [20 ] : « Lorsqu’on est chassé de ce qui nous tenait lieu de lieu - d’un amour, du regard sur nous d’un amour qui nous fait croire à notre cohérence - on devient passagère. Passagère des jours et des nuits dont la succession n’est plus sûre, passagère des lieux, démultipliés par l’errance, que l’on traverse. Et traversé aussi par les voix passagères engouffrées dans notre être poreux. Ecrire alors c’est tenter de redonner lieu, durée et forme à cette âme dépecée au moment même où il n’y a plus ni récit, ni sol, ni architecture possibles. » Mais il faudra avancer avec la préface, le rappel du premier livre, Le lais de la traverse (éditions des femmes [21 ] ), celui de la douleur d’une séparation (où se frôle la lande du roi Lear) et où « écrire », nous dit-elle, « me fit consister » et ainsi ressentir avec elle « le travail avec la langue pour faire une traversée de ce qui est un voisinage avec le chaos, et la suivre au plus juste. » Il s’agit en effet de la reprise d’un livre paru en 1986 aux éditions Ubacs. Réédition heureuse tant dans sa présentation, que dans contenu, qui indiquera chemin parcouru et fidélité : je relève aux pp. 49-50, cette parenthèse qui n’en est pas une : (Connaissez-vous, au moment de se mettre à écrire, ou plutôt quand quelques mots, quelques phrases ont déjà accompli ce qui serait l’impossible suite du voyage, cette suspension du corps, cette bousculade intérieure, qui me fait me lever, interrompre la pression exercée par un certain afflux rythmique. Connaissez-vous cela ? Ou est-ce une infirmité finalement peu répandue ?) Aujourd’hui, Après chaque page [22 ], nous rappelle la quatrième, recueille « certains des textes qui font irruption lorsque la “Vie traverse notre vivable et notre vécu” (Gilles Deleuze) ». Je connais certaines amies, qui recevront par des voies dites impénétrables, Elle sont douze, elles qui sont moins (notre simple mortalité, le tarissement des vocations) « les paroles qui tentent de dire la soumission à ce qui nous soumet (et dont notre ignorance vivifie la puissance) » : elles y demeurent. L’auteur de L’Adoration, dont un extrait de Vérité de la démocratie en fait l’exergue [23 ], approuvera sans doute : Tout se tenait là, et quelques uns/unes d’entre nous garderont le goût des « fruits brillants, du jus rose et ferme des premières cerises de mai 1968 », que les mots de la poète nous portent à la bouche. Quant aux photos de Juliette Agnel et de Dominique Cartelier, Christiane Veschambre souligne que pour deux de ses textes, elles ont été les « envoyés de cette présence, parfois aussi incompréhensible, difficilement acceptable [24 ], que celle d’une annonciation ». © Ronald Klapka _ 9 juin 2010 [19 ] L’apologue de La Griffe et les rubans en livraient le secret : « Sans doute est-ce elle, l’obstination, qui te fait défaut pour atteindre ce qui t’échappe, en proie à ce qui le trahit, le travestit. C’est une chose simple et faible - débile - que tu voudrais dire et que les mots déguisent parce que, penses-tu alors, ils en veulent toujours à la puissance. » [20 ] Christiane Veschambre, Passagères, le Préau des collines, 2010, Ubacs, 1986. [21 ] Christiane Veschambre, Le lais de la traverse , éditions des femmes, 1979. [22 ] Christiane Veschambre, Après chaque page, le Préau des collines, 2010. [23 ] La politique démocratique [...] pose donc en axiome que ni tout (ni le tout) n’est politique. Que tout (ou le tout) est multiple, singulier-pluriel, inscription en éclats finis d’un infini en acte (« arts », « pensées », « amours », « gestes », « passions » peuvent être certains des noms de ces éclats). Jean-Luc Nancy, Vérité de la démocratie , Galilée, 2008.
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