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DES TEXTES, DES POEMES ET DES SCULPTURES DE Mathieu Bénézet, Jocelyne Colin, Jean Seisser, Julienne Salvat, François Bouchardeau, Daniel Bourrion

Revue N°4




Pages Jean Seisser

9e soir d’Afrique

Tu remontes le Niger, assis sur un sac de sucre dans une pinasse à moteur. Tu penses à tes amours, tu penses à ce que tu penses. Tu vas à Tombouctou. Tu laisse paître ton âme sur les rives amers du fleuve Niger. Tu ne sais plus rien et ton âme est comme une vache qui rumine ce qu’elle sais déjà. Tu perds les repères. Les mots disent ce que les mots ne disent pas. Ils se suivent, images après image. Tes rêves y traînent. Tu ne penses à rien, saoulé de chaleur et de solitude. Tu voyages au cœur de l’être. Tes certitudes t’abandonnent. La valeur des choses a une autre valeur. Tu pénètres au cœur des ténèbres en plein soleil. Tu tisses le silence. Tu moules les mots. La vie file au fil de l’eau et suit le teuf-teuf du moteur. Le frôlement de l’eau étire le temps à l’infini.

ONZIEME PARTIE

Tu dis alors ce ne sont pas mes seins, ce ne sont pas mes fesses, ce n’est pas mon ventre, je suis tout au fond, à l’intérieur. Je dors sur ton corps. Je respire tes soupirs. Je moule les mots. Je mâche les images. J’en suce le sens, un sens alternativement blanc et noir, jamais totalement blanc, jamais entièrement noir. Je frôle ta peau. Ton dos coule le long des vertèbres, droit comme un fleuve. Je pèse ton trapèze. Je baise ta bouche. Les langues se touchent. La salive lie le silence. Je scie le silence. Je touche tes contours. Tu es au fond de toi, sans doute, je ne sais pas, dans ta réalité, dans tes rêves sur les rives arides du fleuve Niger. Je sème tes seins. Ils touchent ma bouche. Mes mains ravinent tes veines. Ils moulent mes songes. J’embrasse tes bras. Je suis tes cuisses. Je glisse dans l’ombre. Les mains sur la tête, je tâte le son des étoiles.