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Geneviève Huttin
Dans Europe mars 2010
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Cavalier qui penche de Geneviève Huttin


Nous savons que l’Alsace et une partie de la Lorraine furent par deux fois annexées par l’Allemagne, après les défaites de 1970 et 1940. La langue allemande fut imposée aux habitants, et les jeunes gens en âge de servir furent incorporés à l’armée allemande, souvent contre leur gré : on surnomma ceux-ci « les malgré eux »

Mais cette connaissance historique reste bien séche, comparée à une expérience intérieure, vécue, telle que nous la transmet Geneviève Huttin dans Cavalier qui penche. Expérience d’autant plus aiguë, que, petite fille de sept ans, elle se croit tout tranquillement française lorsque’avec son père Nicolas, elle rend visite en Lorraine à son oncle Jean. Elle les entend alors parler le platt, ce dialecte ancien comme les Lorrains, ces « Français de langue germanique ». Double exclusion alors : celle de la petite fille, évidente, dont on sent qu’elle devait par la suite lui être très amère ; et celle du père, qui parle avec son cadet le dialecte, et qui évoque des anecdotes de leur enfance, mais qui a quitté son lieu natal, et reste « en creux », ayant « transgressé la loi du groupe ». Une histoire bien traversée : leurs parents, lors de l’invasion allemande, ont fui leur province, emmenant les enfants les plus jeunes, et ont été repliés dans la Vienne. Restaient en Lorraine les aînés. Jean, mineur de fond, n’a pas eu à prendre parti. Nicolas est resté un temps en Lorraine, et n’en parle jamais : a-t-il alors travaillé en Allemagne, comme c’était la règle ? Mais il a pris la fuite, passant par Amsterdam pour s’établir à Montargis et vivre en résistant ; puis il y a fondé une famille. Le troisième frère, dont l’évocation tremblante traverse tout le roman, est Marcel. Son image hante la narratrice, incorporé dans la Wehrmacht, on dit qu’il est mort peut-être en Russie… Le père de la narratrice, lui, beaucoup plus tard, quittera volontairement la vie. On sent le livre habité par le manque dont il souffrit… Dans l’histoire de ma voix, publié en 2004 chez Farrago, plusieurs poèmes de Geneviève Huttin annonçaient ce récit ; qui donne toute son ampleur à une difficile énigme. Son titre provient du nom, lui-même incertain, d’une grand-mère, « Neuereiter » ou « Neireiter », « cavalier qui décline ou cavalier qui monte » : « Je monte et Je descends (écrit la narratrice) ce cheval qur fait corps avec moi, cette colline »... Un beau livre, qui se termine, à la mort de l’oncle Jean, par des pages plus apaisées.

Marie-Claire Bancquart

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