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Un nouveau livre d’Ali
Saaghar le roman d’Ali (Julien C0lumeau) publié en Urdu à Lahore
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Au risque de la folie, le poète s’avance, hirsute et seul, il dit les roses, le monde aveugle ne voit que la lèpre des lèvres et la salissure de l’habit.

Un nouveau livre d’Ali : “La vie de Saaghar”, poète pakistanais qui vécu au siécle dernier entre gloire et mendicité. Ali nous offre un récit où se mêle le réel d’une trajectoire folle entre l’extrême sensibilité d’un écrivain et ses rêves de déchéance et de pureté, il y mêle la vie foisonnante d’une société pakistanaise d’aujourd’hui dont il parcoure les marges qu’il dévore et subit. Extrait : Le coffre en bois légué par son grand père renferme un secret inestimable. L’enfant a longtemps évité d’ouvrir le coffre. Il en avait peur, il pressentait que sa carcasse grossière recelait des démons, des esprits qui passeraient en lui et envahiraient chacune de ses pensées. Il pourrait alors devenir insensé, hanté, il se métamorphoserait en vagabond inspiré, en lice de lui-même, transporté par ses intuitions aux quatre coins des villes, prolongeant un voyage sans but ni obstacles au terme duquel il serait choisi par les foules, élevé par les grands, puis méprisé et réduit en esclavage. Dans un premier temps, l’enfant n’a pas osé ouvrir le coffre. Il l’a contemplé pendant des semaines, et s’est senti défié par son mystère. Puis, lorsqu’il ne pouvait plus tenir, il a voulu jouer avec sa propre surprise et l’a ouvert dans un crissement d’outre-tombe. Le coffre contenait une pile de vieux papiers jaunis et tachés, une collection de parchemins démodés. Au sommet de cette liasse indéfinie, un manuscrit patiemment calligraphié, dont il a déchiffré le titre avec peine, de ses yeux d’enfant mal exercé pour lequel les signes et les lettres ont à peine commencé à revêtir des sons. Il a lentement déchiffré le titre qui s’étalait sur la couverture dans un élan de caractères fleuris : Deewaan-e Naasir Hijaazi, puis il a effeuillé quelques pages, qu’il s’est empressé d’analyser. De courtes lignes les striaient, dessinées avec une élégance entêtante, une maîtrise ronde et généreuse. Il a tenté de lire : c’étaient quelque chose de scandé, de la poésie, des ghazals, des paroles écrites dans une langue familière et curieusement éloignée. Il a lu chaque ghazal dans une succession rapide, et sa lecture s’est améliorée à chaque vers, son doute a fait place à l’étonnement. Il ne comprenait pas les noms, il saisissait seulement les verbes qui leur servaient de jointure, il ne distinguait plus les catégories qui servent d’armature au langage, chaque mot était nouveau et habité d’une portion d’inconnu, mais les sonorités qu’ils décrivaient, même si elles lui étaient étrangères, avaient quelque chose de souffrant et de nostalgique, comme si la douleur elle-même se servait de ce langage pour s’épancher et se répandre. Puis l’enfant a commencé à mémoriser les mots. Il ne connaît pas la langue des ghazals, et il l’apprend déjà.

Ali Saaghar 128 pages 15 euros 14 x 22 cm. ISBN 978-2-914945-88-2 Du même auteur : Ali Zalzala 128 pages 15 euros 14 x 22 cm. ISBN 978-2-914945-81-7

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