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Jean-Paul Michel « écrit avec des ciseaux ».
Dans le dernier numéro d‘Europe
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Le Préau des Collines n°10 : L’Atelier de Jean-Paul Michel.

Jean-Paul Michel « écrit avec des ciseaux ». Il lit Hölderlin « comme on reçoit des coups ». Son œuvre s’est bâtie « sous le double signe de Rimbaud et de Mallarmé ». De ce dernier, Jean-Paul Michel partage totalement l’assertion : « Toute l’écriture est de la sorcellerie. » Poésie à vie, unique source, seul devoir spirituel d’un « rescapé de l’enfance, » selon l’expression de Jacques Abeille. J’ai rencontré Jean-Paul Michel, jeune homme ténébreux inspiré et fougueux, à la Maison de la Culture du Havre en 1978. De cette unique rencontre, j’ai rapporté deux ouvrages dédicacés qu’il signait alors Jean-Michel Michelena : C’est une grave erreur que d’avoir des ancêtres forbans (1975) et Du dépeçage comme un des Beaux-Arts (1976). Deux livres magnifiquement imprimés pour le compte de sa propre maison d’éditions, William Blake and Co. Lui-même s’était déjà initié sur sa presse à bras déclassée. De cette expérience d’éditeur qu’il poursuit encore, il déclare : « William Blake and Co a été une fenêtre sur la vie comme j’avais imaginé que l’on devait vivre. » Dans ce dossier riche et divers (285 pages sur 358), Pierre Bergounioux, ami de l’auteur depuis les années de lycée, rapporte la commune devise : « Nous avons voué notre vie à des signes ». En « rupture de ban », « ce fils de Hun » revendique encore l’injonction de Nietzsche : « avoir le courage d’être intempestif ». Simultanéité de la poésie et de la pensée qui « dressent le parcours d’une attitude d’insurrection », déclare Pierre-Yves Soucy étudiant « l’épreuve du réel » sur la poésie de J.-P. Michel. Et à propos de son esthétique, Frédéric Mora, cite cet aphorisme : « La vie est une brûlure, pas un calcul » (Notes sur Défends-toi, Beauté violente). On retiendra, comme ouverture plutôt que comme conclusion, ce jugement d’André Velter publié dans Le Monde : « Ainsi accède-t-il à sa propre parole, ainsi invente-t-il son alphabet et ses rythmes […] En quatre mots, Jean-Paul Michel révèle le profil de ses poèmes, leur netteté d’épure, leur résonance de diamant sur la vitre ou d’acier sur le marbre. Non qu’il y ait à s’abuser sur la sauvegarde et son hypothétique poussière d’éternité : « L’art n’efface pas la perte, il lui répond ». Et pour répondre, il doit s’armer de tous les porteurs de feu, d’excès ou de gloire… » Nous retiendrons aussi de cette analyse fine et sensible que le poète, « aux côtés des voyants qui ont erré jusqu’à se perdre », n’a pas craint « de placer sa voix au plus près de " l’inimitable musique de ce qui est " ».

MICHEL MÉNACHÉ, Revue Europe – janvier-février 2010 n° 969-970

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